Revue (In)Disciplines | N°2 - 2019 - Hispanités et au-delà...

Sous la direction de Emmanuelle Klinka & Fanny Martinez

2019

Hispanités et au-delà : la mort comme une fête et autres expressions carnavalesques

Ce dossier est le fruit d’une rencontre inédite* organisée en 2017 autour de l’œuvre d’un jeune peintre mexicain, Ángel Solano. Ses peintures, composant la série intitulée « Todos Santos », se présentent comme des ex-voto retraçant l’histoire de sa ville natale, Tultepec – connue pour son artisanat pyrotechnique –, et célèbrent la mort comme une fête.
La traduction carnavalesque de la réalité du Mexique actuel proposée par Ángel Solano a constitué l’un des points d’ancrage de cette rencontre, non seulement par une réflexion sur le syncrétisme culturel entre Espagne et Nouveau-Monde et entre mondes anciens et présents, mais encore par la mise en regard des diverses traditions et des modalités de leurs manifestations dans et hors des limites de l’aire hispanique.
L’ambivalence et l’universalité définissant selon Mikhaïl Bakhtine l’expression carnavalesque, son essence dépasse les genres et nous informe des constantes de ces expressions, mais aussi de leurs singularités propres. En effet, que peuvent nous révéler les manifestations et expressions carnavalesques passées et/ou actuelles de notre rapport à nos représentations culturelles populaires et religieuses? Quels liens existe-t-il entre la célébration de la mort (danses macabres, expressions littéraires, plastiques représentant la mort comme une fête, etc.) et la transgression burlesque propre au carnaval ? Autant de questions qui sont abordées ici au travers de l’analyse de manifestations populaires traditionnelles ou de documents iconographiques et littéraires.
Ainsi, deux textes vont traiter de la situation mexicaine : celui d’Ángel Solano qui propose une réflexion autour de son œuvre et de sa trajectoire artistique dans le contexte socioculturel du Mexique contemporain et celui de Fanny Martinez qui aborde le thème de la tradition des calaveras qui ont structuré la société mexicaine depuis le XIXe siècle. Trois autres contributions puisent, quant à elles, dans les racines culturelles de l’espace méditerranéen compris dans son sens le plus large : l’étude présentée par Luc Charles-Dominique de la mise en scène et des répercussions symboliques de la cavalcade de Florence de 1551 de Piero di Cosimo, l’analyse d’Emmanuelle Klinka qui rappelle la tradition médiévale hispanique des danses macabres et la relecture faite par Toufik Ftaïta de la mascarade et du sacrifice musulman au Maroc.

* Ce projet a été soutenu par la Bibliothèque Universitaire Henri Bosco, l’UFR LASH et la Direction de la Culture de l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le laboratoire LIRCES (EA3159) et le FONCA (Fonds National pour la Culture et les Arts, Mexique).

Fanny Martinez & Emmanuelle Klinka