Les pionniers de l'exil soudanais en France (1980-2020)

Marie Bassi

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Abstract :
National audience
Les Soudanais en France constituent un groupe national peu connu et peu investigué par la recherche. Ils peuvent être considérés à plusieurs égards comme des « pionniers » : leur arrivée récente en France, leur nombre relativement réduit, en comparaison à d’autres pays, comme l’Egypte, les Etats Unis, l’Australie, le Royaume Uni ou les pays du Golfe, et le fait qu’une partie d’entre eux considère l’Hexagone comme une destination par défaut. Les arrivées nombreuses et inédites de Soudanais en France à partir du début des années 2010 et les mobilisations organisées en soutien au soulèvement révolutionnaire qui s’amorce en décembre 2018 au Soudan ont néanmoins donné une visibilité à ce groupe national. Pourtant, à l’exception de quelques travaux récents sur les mobilisations de soutien à la révolution (Franck Etienne 2019 ; Bassi Brücker Franck 2022) ni les trajectoires de ces exilés, ni leur socialisation en France n’ont fait l’objet de travaux de recherche en France.Un premier objectif de cette présentation sera de proposer une sociographie de ce groupe national méconnu grâce à une analyse en termes de générations migratoires (Sayad 1977). Un second objectif sera de montrer comment la confrontation à un environnement institutionnel hostile a contribué au développement de stratégies d’adaptation de la part des exilés soudanais mais aussi à la production de discours critiques vis-à-vis du régime migratoire. Dans un contexte de sécurisation des politiques migratoires, d’hégémonie du narratif structuré autour de la classification binaire entre « réfugiés méritants et mauvais migrants économiques » (Akoka 2020) et de transformation de l’économie morale de l’asile (Kobelinsky et Fassin 2012) avec le passage de la confiance au soupçon, les exilés soudanais « bricolent », contournent, résistent pour pouvoir entrer, rester en France et obtenir des papiers. Je monterai aussi qu’au cours de leur « carrière migratoire », (Martiniello et Rea 2011), les exilés soudanais acquièrent un capital narratif et pratique qui leur permet d’accroitre leur chance d’obtenir une protection internationale. Enfin, à partir d’une approche processuelle (Fillieule 2001) qui replace l’engagement dans le parcours biographique, je me concentre sur les trajectoires d’engagement et les processus de politisation des Soudanais exilés en France. J’examine ainsi comment certains évènements marquants (les violences aux frontières…), les espaces de socialisation politique (l’université, les campements en France et aux frontières), les sociabilités (collectifs étudiants, groupes militants, organisations politiques) contribuent à alimenter leur politisation… Dans cette perspective, j’appréhende l’exil comme un temps de reconfiguration des subjectivités (Felder 2016 ; Schmoll 2020) et comme une expérience sociale, politique et spatiale qui affecte les dispositions à l’engagement politique et les formes de politisationCette analyse se fonde sur des entretiens semi-directifs menés auprès d’une vingtaine de Soudanais entre mars 2019 et septembre 2021 (Marseille, Lyon, Nice et Paris) et auprès de soutiens français et italiens, et sur des observations participantes et non-participantes. Elle s’appuie aussi sur une expérience associative importante menée essentiellement entre 2016 et 2018, auprès des exilés soudanais. Ces expériences n’ont pas été menées avec l’objectif de mener une recherche. Cependant rétrospectivement, elles m’ont permis d’accumuler des connaissances de terrain que je mets à présent à profit sur le plan de la recherche
Published : 2022-12-16
Document Type : Conference papers

Citation

Marie Bassi, « Les pionniers de l'exil soudanais en France (1980-2020) », Pionnières et pionniers des migrations globales (XVIIIe-XXIe siècle), 2022-12-16. URL : https://hal.science/hal-03971251