Pourquoi préférer la science au vaudou ?

Thierry Hoquet

Why prefer science to voodoo?
Abstract :
International audience
This article aims to revisit Paul Feyerabend’s provocative claim, when he asks why we chooseto fund science rather than voodoo. First of all, Feyerabend recalls that science is a collectiveactivity, heavily relying on public research credits and that as such, the people, thegovernment or society as a whole have their say in the directions research ought to take. Hetherefore invites public authorities to ponder upon the type of knowledge they wish topromote and encourage. The most striking feature of Feyerabend’s question, is that it deniesscience any epistemic privilege and invites us to evaluate science based on its actual results,in a pragmatist vein. In a sense, the proclaimed equivalence or substitution between scienceand voodoo arises from the central Feyerabendian principle according to which “anythinggoes”. But it can also be placed in a broader framework, considering that other modes ofknowledge than Western science are just as valid as scientific rationality. This point resonateswith the way in which several anthropologists (notably Claude Lévi-Strauss) re-analyzedmagical practices at the time: magic was not considered the opposite of science, but anotherdoctrine of causality; magic, moreover, was understood as what preforms science, not as anoutdated archaic past but as what has produced results that still structure current society (e.g.the Neolithic revolution). A comparison with Robert Merton's sociology of science indicatesthat Feyerabend's provocative statements should be seen less as a way of weakening science,than as a call to awaken scientists and a way to invite them to reflect about their values.
<div><p>Il s'agit dans cet article de revenir sur la question provocante de Paul Feyerabend, lorsqu'il demande pourquoi nous choisissons de financer la science plutôt que le vaudou. Avant tout, Feyerabend nous rappelle que la science est une activité collective, consommatrice des deniers publics et qu'à ce titre, le peuple, le gouvernement ou la société ont donc leur mot à dire s'agissant de l'orientation de la recherche. Il invite donc la puissance publique à se poser toujours la question du type de savoirs qu'elle souhaite promouvoir et encourager. Ce qui frappe au premier chef dans la question de Feyerabend, c'est la manière dont il refuse à la science tout privilège épistémique et invite à la juger sur ses résultats, dans une veine pragmatiste. En un sens, l'équivalence proclamée entre la science et le vaudou ressortit du principe selon lequel « tout est bon (anything goes). Mais on peut également la replacer dans un cadre plus large, considérant que d'autres modes de savoirs que la science occidentale sont tout aussi valides que la rationalité scientifique. Ce point consonne avec la manière dont plusieurs anthropologues (Claude Lévi-Strauss notamment) analysent, à la même époque, les pratiques magiques : la magie n'est pas considérée comme le contraire de la science, mais comme une doctrine de la causalité ; la magie en outre est ce qui préforme la science, non pas comme un passé archaïque dépassé mais comme ce qui a produit des résultats qui structurent encore la société actuelle (comme la révolution néolithique). Une comparaison avec la sociologie des sciences de Robert Merton indique que les déclarations provocantes de Feyerabend doivent être considérées moins comme une manière d'affaiblir la science, que comme un appel, lancé aux scientifiques, à ne pas s'enfermer dans la certitude de leur supériorité.</p></div>
Published : 2026-06
Document Type : Journal articles
Affiliation : Institut de Recherches Philosophiques (IRePh) ; Université Paris Nanterre (UPN)
Source : hal-05652550

Citation

Thierry Hoquet, « Pourquoi préférer la science au vaudou ? », Alliage, 2026-06. URL : https://hal.science/hal-05652550