Loxias-Colloques | Textes en intégralité | 21. Parole et silence, mémoire et amnésie dans le récit postcolonial
Parole et silence dans 'Cannibales' de Mahi Binebine, 'Dans la mer il y a des crocodiles' de Fabio Geda et 'Harraga' d’Antonio Lozano
Yassine Maalaoui
Abstract :
International audience
When it comes to illegally crossing the Mediterranean to Europe, words can free desires and silences can hide the truth. Unlike the brief words of smugglers, immigration intermediaries are of a verbose temperament, be it in Mahi Binebine’s Cannibales (1999) in Harraga (2002) by Antonio Lozano. There is a form of cultural alienation which manifests itself in the silence of subaltern characters and the discreet desires of the future illegal clandestine migrants. In Europe, the immigrant’s voices are muted because of their status. The boss in Cannibales, the official administration embodied by the police and even mafia organizations in Harraga are constantly reminding the immigrant to remain silent in order not to disappear or be forced to leave. Conversely, to justify refugee status, in Fabio Geda’s Nel mare ci sono i coccodrilli (2010), the migrant is asked to tell a story whose codes and expectations are defined by more than their innate accuracy.
La parole libère les désirs et les vérités se cachent dans les silences lorsqu’il est question de traverser clandestinement la Méditerranée vers l’Europe. Contrairement à la parole brève du passeur, l’intermédiaire est de tempérament prolixe que ce soit dans 'Cannibales' (1999) de Mahi Binebine ou dans 'Harraga' (2002) d’Antonio Lozano. De sorte qu’apparaît à travers cette aliénation culturelle qui se manifeste dans le silence des personnages subalternes les désirs discrets des futurs clandestins et, en parallèle, des immigrés tus. En Europe, la parole du clandestin est confisquée du fait de son statut. Le patron dans Cannibales, l’administration officielle incarnée par la police voire des organisations mafieuses dans Harraga s’occupent de rappeler constamment à l’immigré l’obligation de se taire au risque de partir ou de disparaître. Inversement pour justifier un statut de réfugié, dans 'Dans la mer il y a des crocodiles' (2010) de Fabio Geda, le migrant est sommé de raconter une histoire dont les codes et les attendus sont définis plus que leur exactitude foncière.
Published : 2026-02-10
Citation
Yassine Maalaoui, « Parole et silence dans 'Cannibales' de Mahi Binebine, 'Dans la mer il y a des crocodiles' de Fabio Geda et 'Harraga' d’Antonio Lozano », Loxias-Colloques, 2026-02-10. URL : https://hal.science/hal-05490218
